Bon lecteur et dysorthographe

Aujourd’hui je répond à Maria qui se demande comment c’est possible d’être à la fois bon lecteur et dysorthographe.

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Il y a quelque temps, j’ai demandé à ma communauté de me poser les questions, qu’elle se posait le plus sur les troubles DYS, ou, les précisions qu’elle aimerait avoir afin d’aider au mieux leur(s) enfant(s).
Maria était l’une des premières à me répondre, pour me parler de son fils Louis.


Mickaéline, mon fils, est complétement bilingue, il parle et lit sans problème le français et l’espagnol. Il a été habitué tout petit à entendre ses deux langues. Mon mari est Français, alors à la maison on parle français, à l’école et à la garderie, il a toujours entendu le français, mais lorsque je vais dans ma famille, c’est l’espagnol qui a la priorité. Seul mon père vit en France avec une femme espagnole. Bien qu’ils soient eux aussi en France, lorsque je leur rends visite, je leur parle espagnol et mon mari aussi.
Louis va rentrer au CM2, or s’il parle correctement les deux langues, et qu’il les lit sans problème, à parement il n’arrive pas à les orthographier correctement, buttant sur des mots simples, comme été et étaient, ou bien encore, et, et est. Aie ou hais. Son instituteur de CM1, lui reprochait de ne pas assez se relire. Ce problème n’est pas dû qu’au Français, il lit également de façon plus fluide en Espagnol sans pour autant l’écrire sans faute. Je ne comprends pas comment c’est possible, et je me demande, si son instituteur n’a pas raison, et que Louis ne fait aucun effort pour s’améliorer…

C’est une excellente question, et croyez-moi, je me la suis posée bien des fois, et mes parents aussi. Surtout que de mon temps, on ne parlait pas de dyslexie. Pourtant, je n’ai pas la chance de Louis, d’être bilingue. Juste une lectrice compulsive. Si vous venez ici pour la première fois, je dois vous préciser que je suis ce qu’ont appel une DYS-lectrice. C’est-à-dire, une dyslexique lectrice. Eh oui, cela existe ! Une année, je m’étais amusée à participer au challenge organisé par le site Goodreads. J’avais été ébahie de constater que je lisais plus d’une centaine de livres par an, tous genres confondus. Pourtant, à cette période-là, je lisais essentiellement des livres adultes. Non pas, majoritairement des livres jeunesse, adaptée aux 8-13 ans comme maintenant. Comme Louis, je suis une très grande dysorthographe. Sans mentir, ma dysorthographie, doit être environ aussi grande que ma boulimie livresque. Alors forcément le problème de Louis, je le connais bien.

Autant vous dire tout de suite, que j’ai ces dernières semaines disséquée ma façon de déchiffrer ma lecture.

La première chose que j’ai remarquée, c’est que les mots que je dois déchiffrer sont déjà stockés dans ma mémoire. Celle qu’on appelle « la mémoire visuelle ».


Comment ça se traduit concrètement.
Imaginons que la mémoire visuelle soit une sorte de grand et vieux grimoire, comme on en voit dans les livres de magie.
Supposons qu’il me faille reconnaître le mot poivre, il me suffit de voir P.o.i.v pour en reconnaître immédiatement le mot poivre. Car je sais qu’il s’écrit toujours de la même façon et que son nombre de lettres, et le contexte de la phrase, me le confirme. S’il m’avait fallu déchiffrer le mot, sans l’insérer dans une phrase, j’aurais sans doute rencontré un peu plus de difficulté, ou du moins cela aurait pris un peu plus de temps. Lorsque mes yeux auraient déchiffré les premières lettres, j’aurai pu hésiter entre le mot poivre et poivron. Cependant, en voyant le mot dans son intégralité, mon grimoire, met en relief le bon mot.

Pour tous les mots qui sont à caractère unique, c’est-à-dire qui ne varient jamais, dès l’instant qu’ils sont stockés dans le grimoire, il n’y a plus de problème de déchiffrage.

 

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Si mon histoire de grimoire vous perd dites-vous que lors de la lecture, les mots connus se dirigent directement vers le cortex préfrontal, qui lui, contient le format visuel du mot à lire. C’est lui qui va les récupérer, y ajouter un sens, ce qui permet à tous les lecteurs de poursuivre leur lecture avec aisance. Avouez cependant que si c’est beaucoup plus scientifique, c’est cependant beaucoup moins, « mignon ».
Que vous choisissiez la définition scientifique ou celle plus poétique du grimoire, c’est vraiment ainsi que tous les bons lecteurs lisent. Sautant d’un mot à l’autre, tout en reconnaissant leur forme visuelle. Pour être franche, je pense que certains grands lecteurs peuvent ne regarder que les deux ou trois premières lettres d’un mot et prédire systématiquement de quel mot il s’agit, grâce à la forme du mot, et au contexte.
Pour avoir participé à une quinzaine de week-end à mille, j’ai toujours été admirative, des lecteurs super rapides qui arrivent à gagner ce marathon haut la main, lisant en un week-end plus de mille pages.
Pour en revenir à mon grimoire, ou au déchiffrage du cortex préfrontal, il faut savoir que ces derniers ne sont pas toujours infaillible, il peut arriver que le mot lu soit confondu avec un autre, là pas le choix, il faut revenir en arrière et relire le mot erroné afin que la phrase ait un sens.
Eh oui, le corps humain a aussi ses bugs, surtout lorsque l’on est fatigué, c’est souvent là, que je confonds le plus de mot.

C’est sur cette théorie que s’appuie la méthode globale, et donc on pourrait se dire que c’est la plus efficace, pour apprendre à lire et à bien écrire. Grâce à ma lecture, du livre les mots d’Elio, je peux vous affirmer qu’il n’en est rien. Je vous en parlais déjà dans l’article « Doit-on apprendre à lire aux enfants, avant 6 ans ? ». Si le cortex préfrontal est le champion toute catégorie de la retranscription de mot, il ne peut en revanche pas vous aider, lorsque ce mot vous est totalement inconnu. Elio est un passionné de botanique, et adore comparer les humains qu’il rencontre aux plantes de sa connaissance. Les auteures ont poussé le vice, jusqu’à nommer la plante avec son nom latin. Comment lire ces noms et les mots qu’on ne connaît pas ? Pour cela rien de mieux que la phonétique.

Le décodage phonétique est à l’opposé de la mémoire visuelle à long terme, celle qui permet de retenir le mot entier. C’est bien là le problème, car si la phonétique vous permet de lire les mots inconnus, elle ne permet pas aux dyslexiques de les enregistrer, puisqu’ils n’ont aucun format visuel, comment retenir un mot sans « texture », souvenez-vous je vous en parlais dans l’article “Quand la phonétique prend forme“.

Le cerveau est un formidable ordinateur, il suffit de le solliciter pour qu’il vous restitue immédiatement les données nécessaires. Malheureusement, il est parfois, aussi fouillis que l’application Google. Ne vous est-il jamais arrivé de recevoir une tonne d’informations inutiles, à la suite d’une de vos recherches !

L’algorithme du cerveau aura du mal à restituer une orthographe correcte, puisque cette dernière n’aura pas été clairement identifiée, un peu comme si vous auriez oublié de mettre les termes de votre recherche entre guillemets dans le moteur de recherche de Googles.
Je laisse les mots s’écrire sur le clavier, ou le papier, parfois le correcteur m’oblige à retrouver une règle grammaticale en me surlignant le mot. Ou il me fait comprendre que je tape mon mot de façon incorrecte. Parfois, cela suffit pour que mon cerveau comprenne son erreur, et la corrige, de lui-même, parfois, il me faudra l’aider, un peu comme lorsqu’on appui sur le bouton « reset » de l’ordinateur, pour le réinitialiser.

Peut-on améliorer la dysorthographie ? Oui. Pouvons-nous l’éliminer, non pas vraiment, mais on peut faire en sorte qu’elle ne se voit quasiment pas. Pour cela, les enfants ont besoin de stratégie de décodage, telle que celle que j’applique, et que j’enseigne. Diviser les mots en syllabes au fur et à mesure que vous les mentionnez, enseigner le code phonétique ou… les symboles, les sons et les règles d’orthographe associés aux mots aideront énormément votre garçon dans sa scolarité. J’aurai adoré connaître cette méthode lorsque j’étais plus jeune. Vous pouvez également l’inciter à écrire souvent, beaucoup, aidez-le à inventer des histoires, qu’il notera dans un cahier, ou sur son ordinateur. Le top, s’il le souhaite, serait d’écrire sa propre histoire au travers d’un journal intime, pourquoi pas dans le style des « carnets de Cerise ». Jouez à des jeux fléchés, au pendu, etc.
Souvent, les enfants manquent de coopération, pour éviter que ces 10 mn de plaisir tournent au fiasco, la meilleure stratégie, est de concilier jeux pédagogiques et passions de l’enfant.
Il y aura toujours de nouveaux mots à mesure qu’il apprend de nouvelles informations dans ses domaines.
Votre travail et le mien est de lui apprendre à décoder ces mots qu’il n’a jamais vus auparavant et à en retenir le format visuel, afin qu’il puisse les insérer dans sa mémoire visuelle à long terme, dans son cortex préfrontal. Rappelez-vous que tous les mots sans « représentation visuelle » enlèvent 75 % de la compréhension.

Je ne saurais peut-être jamais pourquoi je confonds est et ai, mais j’arrive avec de la concentration à éviter les pièges, et même si mon orthographe n’est pas devenue excellente, elle s’est considérablement améliorée. Il m’arrive même maintenant de prêter plus d’attention à un mot lu, qui m’a posé problème quelque temps avant pour son écriture. Lorsque j’ai besoin de retrouver une référence sur le blog, et que je relis certains articles, j’arrive à remarquer parfois les fautes laissées par le logiciel de correction. Ça prouve à quel point mon orthographe s’est amélioré et j’en suis fier, même si je ne fais pas encore zéro faute. Vous verrez qu’avec mes méthodes, et de la patience, Louis aussi s’améliorera.

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